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Bienvenue dans la Tanière !

Il s’agit de l’extrait de l’article.

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Salut à toi, mon camarade lecteur.

Que tu sois un amoureux de la plume, un scribouilleur décomplexé, un lecteur curieux ou si tu cherches juste quelques infos sur l’univers de la rédaction à siroter avec ta verveine du matin, bienvenue chez moi !

Tu as mis les pieds dans la tanière du Renard. Ici, on essaie de parler écriture, édition, critiques de texte dans l’ambiance la plus détendue possible.

Si tu cherches un regard extérieur sur ta prose, je serais ravie de t’aider : je ne mords pas, je ne grince pas. Je laisserai une adresse mail à laquelle me joindre !

Si tu es un jeune auteur qui cherche ses marques dans le milieu de l’édition et qui se pose toutes les questions du monde (Comment faire ? Où chercher ? Qu’attendre ? Qui contacter ? Comment préparer son texte ?), n’hésite pas non plus à te manifester : on essaiera de répondre ensemble à tes interrogations.

Si tu es plutôt du genre bêta-lecteur obsessionnel et que ton fétiche, c’est de sniper les fautes et les erreur de style d’un débutant on pourra aussi te dépanner. Ce site est une plate-forme d’échange de textes, de services et de conseils en ce qui concerne l’écriture. Selon tes genres favoris, on essaiera de te mettre en relation avec quelqu’un qui cherche un œil affûté pour sa prose.

Tu l’auras compris, ici on parle rédac dans la décontraction et la passion. Qu’on essaie de pondre un best-seller ou qu’on passe du bon temps devant un roman de gare, qu’on gribouille ou qu’on pianote, qu’on cuisine les mots ou qu’on les dévore : on a tous sa place ici.

Voilà pour ce qui est de la première présentation de la Tanière.

Que ta plume ait la tremblote et que l’inspiration te colle, compagnon.

 

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– Le Renard

[Court-métrage] : La Blessure des anges

Je n’ai pas pour habitude d’aborder cette forme d’art sur les pages de ce blog. Aujourd’hui, je fais une petite exception parce que j’estime que c’est un univers qui mérite d’être mis en avant : ce genre de production est trop rare dans le paysage artistique des jeunes générations. Il y a beaucoup de jeunes réalisateurs, metteurs en scènes et acteurs qui triment avec passion, souvent sans obtenir de reconnaissance cohérente vis-à-vis de leurs efforts. Ce sont des artistes qui suent et s’escriment loin des projecteurs.

J’aimerais vous parler de l’œuvre d’un groupe de passionnés… et je vous assure qu’elle vaut le coup d’œil.

La Blessure des Anges est un court-métrage de Jonathan Boissinot, avec William Brisson et Marie-Hélène Marty. Cinq minutes intenses que je vais aborder avec précautions pour ne pas gâcher l’expérience des curieux. Je vais tenter une approche substantielle de cette petite pépite de cinéma amateur…

Je vous laisse avec le synopsis :

À la mort de leur mère, deux frères jumeaux inséparables depuis l’enfance se détachent progressivement l’un de l’autre. S’opposant sur la façon d’appréhender cet événement, ils prennent conscience que leurs visions respectives de la vie et du monde sont incompatibles. Ils entrent alors dans un conflit qui les mènera au drame.

L’entrée en matière de ce petit film est puissante : l’équilibre entre la lourdeur et la finesse est percutant. Les jeux de lumière sont exploités avec une vraie maturité. Dès les premières secondes, on sent que l’équipe ne va pas se contenter de raconter une histoire, elle vise une réelle performance artistique.

C’est une œuvre qui se visionne, je pense, plusieurs fois. Rien n’est laissé au hasard : derrière chaque plan, derrière chaque ligne de dialogue, il y a un morceau de sens à dénicher. Le film danse sur la dualité… sur le plan purement visuel, d’abord, mais également sur le plan des idées, des positions morales et des réactions face au deuil. C’est un film dense qui cristallise violence et légèreté, sans vulgarité ni fioriture.

L’équipe de composition est brillante, il y a une synergie entre les musiciens et le réalisateur qui permet de frapper fort, en plusieurs dimensions. Qu’on se le dise : c’est une production audacieuse.

En ce qui me concerne, le pari est réussi. J’ai été ballottée émotionnellement pendant ces quelques minutes, transportée par la musique et la qualité de la mise en scène. La sensibilité de cette équipe fait écho à mon expérience d’auteur. En effet, il y a dans le monde du cinéma le même genre d’écueils qu’en littérature… raconter (sur le plan artistique), qu’on s’arme d’une caméra ou d’un stylo, c’est trouver un équilibre entre l’histoire et le sens. Les deux doivent s’entendre et s’entretenir mutuellement, sans s’imposer au spectateur. Ce que j’aime dans ce court-métrage rejoint mes préférences en matière de littérature : on n’est jamais tenu en laisse, jamais soumis aux opinions du réalisateur. Tout est suggéré et on sort de ce petit film avec la satisfaction d’une expérience subjective, limite interactive.

Je vous laisse un lien vers le film en question :

 

 

J’ai été impressionnée par le travail de cette belle équipe. Aussi, je sais qu’il est difficile d’obtenir une vraie visibilité dans le milieu artistique et surtout dans la branche du cinéma amateur. Je me permets donc un écart à mes habitudes sur ce site en vous parlant de ce court-métrage. Il y a deux raisons à cela. Premièrement, ces artistes le méritent : leur investissement est réel et le résultat au rendez-vous.

Ensuite… il est important de rappeler quelque chose aux sceptiques convaincus que la jeunesse est hermétique à l’art : notre génération est là. Des créateurs de tout poil, animés par des convictions diverses mais sincères, ne demandent qu’à s’exprimer. Aux nouvelles graines d’artistes, peu importe votre domaine, sachez qu’il est important de vous battre pour vos convictions et votre reconnaissance.

En fait, plus que la jeunesse élevée aux écrans, ce sont ceux qui veulent nous persuader que l’Art se meurt… qui finiront par le tuer.

[Jeunesse] Phobie, Fanny Vandermeersch

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Phobie – Fanny Vandermeersch (éditions du Muscadier)

« Je m’en veux de ne plus être une bonne élève.

Je m’en veux d’obtenir des notes aussi moyennes malgré mon travail obstiné.

Je m’en veux de décevoir mes parents.

J’ai peur de perdre leur amour… »

Sophia, page 37

J’ai eu la chance de récupérer ce bijou au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, en décembre ! J’ai dévoré ce roman en une journée et je l’ai relu plusieurs fois avant de me décider à mettre mon commentaire en ligne.

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Ce texte est simple et frais, il est vraiment agréable à parcourir. Il aborde une thématique complexe au travers des yeux de Sophia, la narratrice. La phobie scolaire est un sujet très difficile à travailler, surtout quand on s’adresse à la jeunesse : il est compliqué de trouver les mots justes, de ne pas paraître moralisateur. Il s’agit d’explorer le sujet sans émettre de jugement.

Ici, le pari est réussi. L’écriture ne se contente pas d’être fluide, elle est franche et a le potentiel de parler réellement à la jeunesse concernée par la phobie scolaire. Pour un adulte non-initié, qui n’a jamais côtoyé le milieu scolaire (en tant que parent ou enseignant), ni vécu l’anxiété à l’école, certaines scènes pourront prêter à sourire ou sembler caricaturales. Pourtant, l’auteure s’est glissée avec brio dans la tête d’une jeune fille phobique, j’entends par là qu’elle vise tout à fait juste dans le référentiel (pré)adolescent.

Ce roman, bien ficelé et agréable à lire, ne sensibilisera pas (je pense) les personnes initialement hermétiques à la problématique. Certaines scènes pourront leur sembler ridicules ou capilotractées : les étrangers au sujet pourront ne pas saisir l’inquiétude d’un élève pour un 16,5 sur 20 ou se demander comment un pré-ado angoissé peut faire le lien entre ses difficultés à l’école et les disputes de ses parents. Néanmoins, c’est secondaire. En effet, ce n’est pas auprès de ces adultes que le roman dévoile son potentiel.

Je pense que ce livre peut réellement parler à cette jeunesse anxieuse des salles de classe. Le format (moins d’une centaine de pages), le travail de mise en page et le style de l’auteure donnent à ce texte le pouvoir d’accompagner un enfant phobique dans la compréhension de cette angoisse.

Un texte fin qui témoigne d’une grande compréhension de la souffrance en milieu scolaire. Bref : un ouvrage qu’on devrait retrouver dans tous les CDI, à portée de celles et ceux qui en auraient besoin !

-Le Renard

Nouvelles d’ados : Prix Clara 2017

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PRIX CLARA 2017 : Nouvelles d’ados

Il s’agit d’un recueil de nouvelles publié chaque année aux éditions Héloïse d’Ormesson qui rassemble un florilège de sept récits de jeunes auteurs francophones. Chaque édition apporte son lot de belles surprises, mettant en avant des écrivains en herbes très prometteurs. Pour moi, c’est une bonne occasion de mettre en avant des plumes talentueuses et de se pencher sur les préoccupations de notre jeunesse. C’est un ouvrage que je dévore chaque année et jusque-là, je n’ai jamais été déçue ! Voici mon avis sur ces huit nouvelles de ce cru 2017 !

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C’est parti !

 

Le rôle d’une mère – Amélie Gyger : Le recueil s’ouvre sur l’œuvre de la seule lauréate Suisse ! Le titre est bien choisi. Il amorce une réflexion, pose un cadre pour la nouvelle sans préciser de contexte. C’est un titre qui intrigue, qui nous laisse d’emblée entendre que même les ados savent méditer des sujets à la fois profonds et beaux. C’est un très beau titre pour commencer le défilé.

 

Je n’ai pas été déçue. Il s’agit d’un monologue bien rythmé, coloré et vivant d’une mère s’adressant au lecteur. Très vite, des questions se posent : une mère ? quelle mère ? Quel est son rôle, quelle est son identité ? Réponse : Une mère, point. La nôtre ou celle de l’humanité, le discours reste le même. Plus qu’un personnage, on a affaire à un concept et l’auteure nous le fait bien comprendre. Sa plume est efficace, fluide et pleine de sens. La « mère » autour de laquelle tourne la nouvelle déborde de bons sentiments et le texte est vraiment agréable. Le récit est tendre et humain. Peut-être trop, d’ailleurs : la « mère » est pleine d’émotions qui se ressentent dans son discours. Quelques formules très « orales » trahissent une jeunesse de plume… mais aussi, en parallèle, un réel investissement de l’auteure dans son texte. L’énergie qu’on sent dans le texte gagnerait à être disciplinée et le style à être mieux apprivoisé. Néanmoins, il se dégage quelque chose d’intime et de beau de cette nouvelle. C’est, à mon avis, la nouvelle qui a le plus de charme de l’ouvrage.

 

RER A – Chloé Kerlau : A mes yeux la nouvelle la mieux rédigée du recueil. Il y a peut-être moins de prise de risque et moins d’intimité partagée que dans le texte précédent, mais la plume est d’une grande qualité. Un style propre avec un débit fluide sert totalement le propos du texte. On est face à des fragments de vie piochés dans une rame de RER et une mise en avant de la fragilité et de la beauté simple de l’existence humaine. Le récit est beau, bien structuré et très bien mené. Cependant, j’ai trouvé le texte assez difficile à embrasser. J’ai trouvé la morale de l’histoire « imposée », trop peu ouverte. Le texte va dans une direction unique (mais il y va efficacement), comme une ligne de métro, en fait ! Le texte, assez ironiquement, ne quitte jamais ses rails. J’ai trouvé dommage d’aboutir à une conclusion unique, avec une dernière phrase formulée à l’impératif, pour autant de personnages développés.  Ceci étant dit, le format « nouvelle » ne se prêtait pas à une construction poussée de tous les personnages et de leurs réactions. Bon moment lecture, cependant. L’auteure est pleine de potentiel !

 

Imagine Girls Like Girls – Claire Kozlow : En considérant le titre, j’avais imaginé un texte traitant d’homosexualité féminine, un récit vivant, original, qui casserait les codes de la romance F /F. J’avais à moitié raison ! L’auteure nous propose un échange intéressant, limite épistolaire, entre deux lycéennes découvrant leur passion amoureuse. Le style est simple et efficace mais souffre d’un manque d’identité. J’ai trouvé que les deux héroïnes n’étaient définies que par leur attirance mutuelle (malgré qu’une description physique des deux filles ait été faite avec brio), j’ai eu l’impression que les personnages n’avaient d’existence scénaristique qu’en vertu de leur attirance. Le thème de l’homophobie est abordé, mais je pense qu’il aurait pu être plus creusé, qu’il aurait pu impacter réellement le texte plutôt que le décorer. C’est un récit qui utilise efficacement les codes et le champ lexical de la romance sans les renouveler, qui se lit bien sans surprendre et qui présente un point de vue peut être trop surréaliste de l’homosexualité féminine. En somme, elle reprend des clichés que les femmes lesbiennes connaissent bien : champ lexical du « féérique » et de la beauté, de la douceur, de l’amour tendre et timide. J’aurais aimé (à titre personnel bien sûr) un ancrage plus grand dans le réalisme pour donner au texte la force qu’il lui manque. Mention spéciale pour « Les garçons. Des êtres trop simples et pourtant si complexes. Je veux faire un break d’eux » qui sonnerait différemment dans un texte si on parlait d’un jeune homme souhaitant faire « un break » avec les femmes ! Comme quoi il y a une vraie différence de traitement littéraire entre la romance H/H et la romance F/F.

Le message passe bien et la plume est agréable : mais il n’y a ni individualité, ni surprise (sauf vis-à-vis de la pudeur des héroïnes, qui se rencontrent pour la première fois alors que l’une d’elle est en sous-vêtements !). Je dirais de cette nouvelle qu’elle est la plus classique du cru 2017.

 

La pie – Cléa : On entre ici dans le récit le plus enthousiaste du recueil. La jeune auteure nous parle avec intelligence du rapport entre l’auteur et les personnages qu’il crée en abordant le rêve de l’édition des jeunes écrivains. J’ai trouvé le style pertinent, lisible mais un chouïa lourd d’orgueil. La phrase « Tu es une déesse des mots et tu le sais », est assez caractéristique du jeune écrivain qui peine à s’effacer face à ce qu’il écrit. Ce récit dépeint les rêves des jeunes auteurs qui se voient, contrat entre les mains, à l’aboutissement d’un travail d’écriture. Dans cette nouvelle, le contrat d’édition est un Graal qui reconnait le don de l’héroïne et satisfait son égo plus que ce qu’il ne la rend réellement heureuse. L’auteure, qui d’après sa biographie aspire à devenir « Une sorte de Victor Hugo du XXIe siècle », parle de sa passion avec démesure et un investissement certain. Je n’ai personnellement pas accroché aux différents personnages, mais je reconnais volontiers que le travail de l’auteure et la qualité de son style n’invalident pas ses ambitions. Je pense que cette jeune plume gagnerait à prendre du recul sur ses créations. Il y a là matière à mûrir et à faire de grandes choses car cette auteure écrit avec son cœur. Cœur qu’elle devra maîtriser pour produire à l’avenir des textes plus fins encore, plus subtils et plus littéraires.

 

Chili 73 – Maélis Letté-Branche : On s’attaque à une de mes nouvelles préférées. Chili 73 est un texte impressionnant. Impressionnant par sa maturité, son rapport franc mais mesuré à la souffrance et à la réalité historique. C’est un texte prenant, au style brut et à l’action bien déroulée. Quelques maladresses sont présentes mais globalement, la plume est confiante et étonnante de recul. C’est un texte d’une certaine violence, assez caractéristique des écrits des jeunes auteurs : phrases courtes, dialogues rudes. C’est un texte à la fois passionnant et étouffant que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. Je n’ai pas grand-chose à ajouter : j’ai hâte de lire de nouvelles productions de cette ado bourrée de talent.

 

Jusqu’au bout – Lilou Marbais : Le problème de cette nouvelle, c’est qu’on en comprend le sujet dès la première page. Le harcèlement scolaire est un sujet sensible, difficile à traiter et surtout, déjà exploré à de nombreuses reprises y compris par de jeunes écrivains. Avant d’entamer ma lecture j’étais déjà convaincue que le sujet allait brider la plume de l’auteure. Je suis restée sur cet avis après le dernier paragraphe. On est baladé de cliché en cliché sur le harcèlement scolaire. Clichés élégamment mis en scène, bien sûr ! Le style est frais, vivant et donne une énergie morose et triste à la nouvelle et c’est très intéressant. Mais dans cette nouvelle non plus, il n’y a pas vraiment de neuf. Mon ressenti à la lecture peut se résumer (de manière assez crue, j’avoue x) ) par la question « est-ce que la narratrice sera vivante à la fin du récit ? ». Le texte m’a fait hésiter quant à la réponse. Oui ? Non ? Oui ? Je laisse la réponse finale aux intéressés.

Jusqu’au bout est une nouvelle qui roule allègrement sur les codes du genre : champ lexical de la faiblesse, de l’obscurité, des pleurs, de la douleur, du suicide. Présence de bullies qui récitent leur discours de bullies…

 

Cela dit, le texte possède une vraie force : il peut parler aux jeunes collégiens, qui n’auront rien à faire de l’aspect « déjà-vu » et se focaliseront sur la puissance bien réelle du texte. Je pense que c’est un texte qui peut parler au jeune adolescent mais dont l’impact est moindre chez un adulte. Un beau texte, donc, mais dont le traitement est trop peu original.

 

Le Chaperon Rouge – Gabrielle Mpacko Priso : Place à l’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) de ce recueil. En général, il y en a au moins un par génération (spéciale dédicace à Pierre-François, l’aîné 2008 toi-même tu sais). Ce texte est… intriguant, d’une violence brute qu’on ne saisit pas toujours. On ne sait pas comment le manipuler, on ne sait pas ce qu’on doit saisir à la métaphore et ce qui s’avale au premier degré. Effrayant, perturbant, difficile à appréhender, c’est une expérience de lecture atypique qui plaira ou laissera de marbre. C’est une grosse prise de risque et personnellement, c’est ce que j’aime lire dans les recueils du Prix Clara : de la nouveauté, quelque chose qui ébranle. C’est le cas ici, même si je ne suis pas forcément une mordue du sujet. Il y a quelques maladresses, des phrases qui sonnent étrangement (« Il me menace de chasse si je tente de partir offrir du beurre à n’importe qui » est le genre de tournure qu’on digère mal, comme si on nous mettait la motte de beurre entière dans le gosier). Ceci dit, le texte exploite son potentiel à fond et ne laissera jamais le lecteur indifférent. Le lecteur accroche ou fronce le nez. C’est une vraie force. Pour moi, ce texte est le plus perturbant du recueil.

 

Une vidéo – Victor Plantefève : Chaud devant, on arrive sur une autre de mes nouvelles préférées. Paradoxalement il s’agit aussi du texte qui a la plume qui semble la moins entraînée, la plus « jeune ». Mais il y a quelque chose de génial avec ce texte : il est malin. C’est pour moi le seul récit de ce florilège 2017 qui suggère une idée, des pistes de réflexions, sans rien imposer. L’auteur a réussi à s’effacer face à son texte et à laisser le lecteur se poser de vraies questions sur de véritables enjeux. Il y a des simplicités dans le style, des tournures un peu fragiles… mais tout ça disparaît quand les questions se posent. En vrac, le lecteur se posera des questions sur le déterminisme, sur les réactions des foules face aux médias, sur le rapport aux autres et à leurs réussites, sur les doutes face à son avenir.

C’est un texte intelligent. Il ne paie pas de mine, mais il y a un vrai travail littéraire derrière. La conclusion du texte n’est pas écrasante et le lecteur a une certaine liberté dans l’univers de l’auteur. On ne se sent pas tenu en laisse, mené à une conclusion que l’écrivain aura décidée pour nous. Notre lecture façonne notre réflexion et ça, c’est la preuve qu’on est dans la littérature et plus seulement dans une construction d’histoire.

 

Un travail ultérieur sur la forme permettra à ce jeune auteur de produire des textes d’une qualité exemplaire, j’en suis certaine. Parce qu’il a déjà compris (et c’est assez rare, surtout à ces âges) que l’écriture est un travail où, certes, il faut s’investir… mais où on échange avec le lecteur sans le traîner derrière-nous, où l’on partage sans s’imposer, où l’on offre des pistes au lecteur sans l’y pousser.

Une bien belle nouvelle pour clôturer ce magnifique recueil !

 

 

Pour conclure : comme chaque année je ressors de ce livre avec la tête pleine d’émotions. On a une promotion de lauréats talentueux, qui excellent différemment dans leur domaine. Chaque nouvelle a son aura, ses forces et ses faiblesses et quand on regarde le recueil dans son ensemble on a un ouvrage d’une grande richesse. Ce texte est un hublot qui donne sur un morceau des préoccupations de la jeunesse actuelle… et on s’aperçoit, plus que jamais, que les jeunes ont non seulement des choses à dire, mais qu’ils ont du talent pour les exprimer.

 

Tantôt sombre, tantôt féerique, parfois joliment triste et parfois dérangeant, c’est un joli festin qui soulagera tous les appétits.

 

Bravo à tous ces lauréats, en vous souhaitant beaucoup de succès pour la suite !

 

– Le Renard

 

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[Classique] Aurélien, d’Aragon (Par l’Ours Bleu)

A la découverte d’un roman-ouragan

Yo petite tortue de bibliothèque. Je te vois te traîner sur les étagères depuis un quart d’heure. Roman d’aventure, roman d’amour ? Classique, moderne ? Qui fait espérer, qui fait pleurer ? Cesse de te torturer ainsi, voyons, tu vas te transformer en reptile calciné ! Calme-toi et écoute plutôt ce que j’ai à te dire.

Comment ça, tu ne m’entends pas ? Ah… oui, j’avais oublié qu’un écran nous séparait. Tant pis, cale bien tes petites pattes sur ton siège et respire un grand coup. C’est bon ? Parfait. Tu vas pouvoir me lire alors. Lire. Oui. Les tortues savent lire à ton âge, non ? (C’est Franklin qui me l’a dit) Je ne peux t’offrir que des mots de toute manière. Et puis, t’es là pour ça, pas vrai ? Pour lire un article qui te donnera – ou pas – envie de lire à ton tour ?

Eh bien, tu vas être servi l’ami. C’est ton jour de chance ! (ou ta nuit, ou ton matin, je n’en sais rien !) J’ai avec moi un livre à même de combler la plus folle de tes attentes. Un doux mélange de classique et de modernité, une brise fraîche qui va te guider vers l’amour, le vrai, celui qui t’obsède, celui qui t’enivre, celui qui t’attrape et qui te jette contre une falaise ; l’amour tourbillon, ni niais, ni cliché. L’amour, te dis-je ! l’a-m-o-u-r !

Hop-là toi. Je te vois déjà nous quitter. Ne me mens pas ! Tu étais sur le point de claquer la porte – enfin, de cliquer sur la croix, t’as pigé quoi – Tu t’es dit que j’allais parler d’un roman à l’eau de rose ? D’un roman écrit par un vieux, très vieux monsieur, au style imbuvable, aux palabres farineuses, à l’histoire pédante et ennuyeuse ? Pas de ça avec moi, tortuga. Tu n’as pas encore le plaisir de me connaître, mais n’oublie jamais que je suis un ours bien lettré !

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(Avoue, t’as pensé à Baloo là !)

T’es intrigué ? Tant mieux. T’es concentré ? J’espère vraiment. Parce qu’aujourd’hui, je dresse la critique du roman qui va sans doute changer ta vie ! Aurélien de Louis Aragon, tu connais ? Sans doute pas. No stress, c’est une petite perle qui s’est malheureusement perdue bien trop loin sous la mer. Allez, on y va ! (pour de vrai cette fois !)

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Aurélien nous fait plonger dans la France d’après-guerre, une France où la première guerre mondiale n’est plus qu’un mauvais souvenir, où rien ne laisse présager un nouveau conflit de cette envergure. Tout a l’air d’avoir repris son cours dans la France des années folles ; tout le monde vit, tout le monde semble heureux, les habitudes sont revenues, la peur et l’obscurité se sont envolées. Tout le monde vit, tout le monde semble heureux, sauf Aurélien. Personnage timide et énigmatique, Aurélien ne s’est pas remis de l’enfer du front. Il n’a pas d’activités et se laisse porter par le courant de la vie. Il vit en dehors du monde et de la réalité sans que les autres personnages ne s’en aperçoivent. Aurélien est un être blessé.

L’écriture poétique d’Aragon nous fait nager aux côtés d’un personnage noyé qui n’éprouve rien. Lire Aurélien, c’est voir un personnage qui n’a jamais aimé, apprendre à aimer. C’est assister à l’éclosion d’une fleur d’amour dans un cœur qui était brisé, c’est contempler un personnage mort qui reprend vie. Aurélien est un monde. Du personnage principal, on dérive peu à peu vers d’autres vies, d’autres problèmes. Chaque personnage a son histoire. Aragon confronte plusieurs rivières qui, à force de couler, finissent par s’entrechoquer et former un seul et même océan.

Aurélien, c’est le roman à la poésie naissante. La poésie surgit quand Aurélien aime. Quand Bérénice, ce petit bout de femme aux grands yeux, tombe dans sa vie. Toute vague n’est pas vague avant de prendre forme…

Je ne dirai pas qu’Aurélien est un roman d’amour. Aurélien n’est pas une romance mais un roman de vie extrêmement bien écrit. Certes, la longueur peut rebuter (environ 650 pages). Certes, ce petit bijou comporte quelques chapitres flottants ; parfois, la tentation du décrochage devient brûlante. Certes, Aurélien reste une œuvre classique dont la lecture peut s’avérer boitillante pour un lecteur débutant. Pourtant, je reste persuadée de la lisibilité de cet ouvrage (A partir de 15 ans, ça devrait le faire). Aragon est un grand écrivain (et un grand poète), à la plume élégante et simple. Dans son roman, il parvient habilement à allier une langue claire à un style savoureux, débordant de couleurs, de musiques et d’images.

Parce que je suis un ours bien léché (oui, pardon, je me devais de te la faire celle-là) je te laisse ces quelques feuilles de salades à te mettre dans le gosier !

Citations en salade :

« Il aurait voulu donner à l’amour de Bérénice cette conclusion, cette apothéose… Il avait le vertige d’être enfin le paradis de quelqu’un ».

« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide »

« «  Je ne me marierai pas, -dit-il,- parce que je suis amoureux.» Et la chose dite, il écouta descendre la pierre dans le puits. Bien droit, bien loin. Que lui importait maintenant Armandine, et le « C’est donc ça ! » qu’elle laissait échapper ? Il était seul, seul dans la pièce et dans l’univers, il n’écoutait plus que cet abîme en lui, il n’écoutait plus que lui-même, le mot lâché, le mot immense et soudain… Il venait de choisir sa route, subitement. C’était sans appel. Il en avait décidé. L’amour. Ce serait donc l’amour. C’était l’amour. Un bouleversement total, une agitation intérieure. L’amour.»

Sur ce, je me retire, j’ai une pile de livres qui m’attend. A la prochaine !

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-L’Ours Bleu

[Critique/débutant] Nux (de ElNoel)

AUTEUR : ElNoel

ETAT DU TEXTE : Brouillon

NIVEAU DE L’AUTEUR : Débutant

CRITIQUE : Renard

Chapitre 1 : Faim

Nux travaillait dans son atelier avec ce qui lui passait sous la main, que ce soit des confettis ou des clous rouillés, pour les fourrer dans ses bombes.

Ici, on a notre première phrase. C’est la mise en bouche que le lecteur aura à se mettre sous la dent en découvrant ton texte. Tu as pris le parti de faire une phrase descriptive, pour planter directement un décor. C’est un choix pertinent, plus en tout cas qu’une envolée lyrique qui explose à la première ligne. Je reprocherais peut-être un petit manque de rythme : le « que ce soit » étire inutilement la phrase qui gagnerait à être concise.

La petite pièce, assez simple, comprenait un grand bureau fabriqué à partir d’un métal de mauvaise qualité et plusieurs tiroirs, tous ouvert, qui laissaient apparaître différents matériaux. Bouts de papier, poudre explosive, peinture, insectes morts ou tout autres choses assez petites pour rentrer dans les boîtes grises. (Idem que précédemment, fais attention au rythme, ta phrase s’essouffle un petit peu ! « Toutes autres choses assez petites », c’est une galipette orale qui pourrait être rendue plus fluide encore!) Le jeune homme était assis sur une chaise inconfortable, mais qui lui allait très bien, (petit détail mais j’ai tendance à conseiller d’éviter au maximum les virgules avant les conjonctions de coordination, pour donner plus de nerf au texte) et qui tenait miraculeusement malgré l’absence de plusieurs vis. On pouvait trouver aussi deux grandes boîtes sur les côtés du bureau, l’une où se trouvait (trouvaient?) les bombes vides et l’autre où il jetait négligemment celles terminées au fur et à mesure. Ses créations, qu’il aimait appeler ses pochettes surprises, étaient des boites de conserve avec une mèche de cinq centimètres dépassant d’un côté. Une apparence simple pour un objet en réalité complexe.

Son atelier lui servait également de maison, il y avait donc à sa droite un lit, qui n’était en réalité qu’une planche de bois collée au mur par deux chaînes puis une grande armoire stockant de la nourriture et des ustensiles de cuisine. Le buffet se trouvait accoudé à deux plaques électriques et d’un évier duquel sortait de l’eau d’une étrange couleur. (On sent qu’il y a un peu de difficulté à trouver les mots à la hauteur du détail que t’imagines. Les idées sont précises et ton imagination/ta visualisation ont un super niveau, mais tu as du mal à les faire vivre avec des mots précis. « Collée » ou « Accoudé » sont des mots qui font leur travail, mais qui pourraient être remplacés par des termes plus appropriés, sans tomber dans le pompeux. Essaie de ne pas te cantonner à « ce dont la scène a l’air », mais décris la vraiment)

En même temps, il ne roulait pas sous l’or. Le technicien avait beau être une sorte (Essaie de limiter les formules oralisées tant qu’on ne sait pas quel genre de narrateur nous conte ton histoire. Les plans que tu proposes font penser à un narrateur omniscient, mais certaines formules plus orales comme « une sorte de » font penser à un narrateur au niveau de monsieur tout le monde. Alors ça peut être une idée intéressante, mais c’est difficile à travailler. Surtout quand on commence dans le milieu) de génie pour la création de bombe, ses clients pouvaient aussi bien acheter une arme mortelle qu’un simple jouet utilisé lors des anniversaires. Ainsi, à cause de sa façon assez particulière de travailler, le pauvre artisan ne vendait pas grand-chose. À part à des personnes aussi folles que lui ou à des hommes étant prêt (prêts!) à prier pour obtenir un de ces petits joujoux les plus dangereux, et qui étaient connus de tous dans la cité.

Au bout d’un moment, Nux, n’ayant plus le moindre matériel, n’eut pas le choix et fût (fut, le circonflexe est réservé à l’imparfait du subjonctif!) obligé de sortir en acheter. Il attrapa son petit porte-monnaie rose dans la poche de sa combinaison et l’ouvrit rapidement pour s’apercevoir avec tristesse qu’aucune pièce ne se trouvait à l’intérieur. Le malheureux avait déjà tout dépensé. L’ingénieur poussa un faible soupir en le rangeant et décida de faire une pause avec un bon repas. Son estomac commençait à grogner et il se ferait une joie de le remplir.

Le jeune homme s’approcha donc de l’armoire pour attraper des couverts et une assiette qu’il posa entre l’évier et la plaque tout en prenant en même temps un ouvre-boîte dans sa main. Le technicien leva la tête plus haut pour regarder ses réserves de nourriture, il prit une boite de conserve, regarda à l’intérieur : vide. En regarder une autre et encore une autre. Mais ce même phénomène se présentait toujours à lui. Le pauvre n’avait plus rien à manger. Il tomba à genoux, l’ouvre-boîte toujours en main et le leva doucement au-dessus de sa tête.

– Noooooooooon ! (Je ne suis pas sûre que l’effet comique donnée par ce « non » qui se traîne soit très approprié à la situation ! Si c’était sur le comique que tu voulais appuyer, n’hésite pas à travailler le texte en amont pour que le décalage ne soit pas trop grand ! Idem pour la position de ton héros « mains levées au dessus de sa tête ». L’idée est bonne, mais présentée de manière rustaude : on ne sait pas si c’est un trait d’humour ou une emphase de débutant !)

Il resta quelques minutes au sol, immobile, avant de se reprendre et de se redresser, lentement. Le technicien commença à tourner en rond, cherchant une solution pour se sortir de cette situation. Nux réfléchit quelques instants sans en trouver et finit par se dire qu’il pouvait toujours attendre la venue d’un client. Pour passer le temps, il rangea les ustensiles de cuisine et fit couler l’eau afin de se laver le visage ; ou plutôt le casque qui lui cachait le visage. Son casque rouge, il ne l’enlevait jamais, si bien qu’il oubliait le portait. D’ailleurs, l’artisan avait le même problème avec le reste de sa combinaison noire qu’il ne quittait jamais, le pauvre serait sans doute bien surpris s’il voyait un jour son corps devenu de plus en plus maigre au fil des années à cause de son mode de vie. Et ne se lavant pas directement, l’odeur qu’il dégageait n’était pas des plus agréables. Heureusement pour ceux qui le croisaient, l’habit de protection cachait un minimum sa puanteur. (La description est intéressante, tu arrives à créer un personnage qui intrigue. Fais attention aux petites répétitions ainsi qu’au rythme)

Le temps passa et aucun client ne venait (Du passé simple pour le contexte et de l’imparfait pour décrire ce qui se passe dans le contexte ? C’est du détail mais l’inverse serait peut être plus intéressant). À force d’attendre, le jeune homme avait fini par s’asseoir sur sa chaise qu’il faisait tourner et, s’amusant tellement ainsi, il avait fini par oublier ses problèmes. Soudain, un nouveau gargouillis. Il se leva en se rappelant de tout : la faim, le manque de matériel et surtout la faim (La répétition de « faim » est un peu maladroite). Mais le technicien avait maintenant une idée, une idée qu’il qualifiait lui-même de génie. Il attrapa un feutre et une feuille, et griffonna rapidement dessus « Jé fin, doné de largen sil vou plé » (On peut peut-être faire moins cliché : quelqu’un qui a des difficultés à écrire ne formulerait sûrement pas comme ça :p ), mais avec une orthographe plus qu’approximative (Inutile de le préciser si tu l’as écrit plus tôt). Sortant ensuite de son atelier avec sa petite pancarte à la main, il se promena à travers les différentes rues de Fybris. S’approchant de ceux qu’il croisait en leur montrant le papier sans oser parler, le pauvre recevait rarement un peu d’argent. Il finit par avancer vers un homme sur un banc qui portait un masque à gaz avec un long manteau cachant son corps et qui semblait attendre. Quelques secondes gênantes passèrent sans que l’étranger ne remarque la présence de Nux, qui finit par toussoter pour attirer son attention. L’homme releva la tête pour le regarder et le technicien montra alors sa pancarte avec un grand sourire. Il espérait tomber sur quelqu’un de plus généreux que les autres, car il était loin de pouvoir se payer quoi que ce soit.

– Moi aussi j’ai faim. Et j’étais là le premier ! Si quelqu’un doit s’enrichir grâce à la mendicité ici c’est bien moi !

La réponse de l’étranger, assez claire, montrait qu’il était tout aussi pauvre que lui et qu’il n’y avait donc pas à espérer quoi que ce soit de sa part. Il tourna légèrement la tête pour regarder les passants, allait-il avoir plus de chance ? Ou allait-il mourir de faim comme un paria parmi les parias dans cette ville ?

– Tiens, donne-moi ce panneau tu veux ? On va faire équipe !

Il tourna brusquement la tête vers l’inconnu, ne faisant plus vraiment attention à lui puisqu’il ne lui avait pas donné d’argent, il ne s’attendait pas à ce qu’il lui parle, à part peut-être pour lui dire de partir. Le technicien n’était pas vraiment d’accord quand il lui demanda de lui donner sa feuille mais, sans avoir le temps de répondre, l’homme lui arracha des mains en se levant. Le plus jeune regarda tristement sa pancarte qui appartenait maintenant à l’étranger. Il n’avait pas osé tenir fermement le papier par peur qu’il s’arrache, le pauvre s’était tellement appliqué pour l’écrire qu’il ne voulait pas prendre le risque de le froisser ou pire de le déchirer. Pourquoi ne pas l’encadrer plus tard ? (Y a peut être une légère exagération qui n’est pas permise par le contexte. Si tu veux parler de l’attachement pour la pancarte, n’hésite pas à revenir en arrière et à préparer le terrain pour cet attachement en amont. Ici, ça passe surtout pour un comique un peu maladroit.) Nul doute que son mentor serait fier de le voir faire d’aussi belle pancarte pour mendier. Nux regarda l’inconnu sans trop comprendre, pourquoi vouloir faire équipe avec lui ? En plus, il ne semblait pas très intelligent avec ce masque, en même temps quelle idée de porter une telle protection ici ! Il réajusta le sien en pensant être bien heureux de ne pas être aussi stupide. (Cette phrase a du potentiel , elle est fluide et bien lancée. Pas besoin d’en faire des caisses : le comique doit être suggéré, pas imposé au lecteur.) L’inconnu lui demanda son nom et il resta hésitant quelques secondes avant de répondre à sa question (A sa question = inutile, ça alourdit encore ton texte. De même, « resta hésitant » s’affinerait un peu avec un simple « hésita ».).


– Nux. Et toi ?

– Stahl.

L’homme n’attendit pas plus longtemps pour s’avancer vers des personnes. L’ingénieur se dépêcha de le suivre, ne voulant pas perdre de vue sa précieuse feuille. L’homme étrange marchait vers un banc qui se trouvait moins à l’écart et monta dessus. (Tu parles de bancs, n’hésite pas à décrire plus l’ambiance des rues. Ce qu’on y voit, mais aussi ce qu’on y sent. C’est la différence entre un texte qu’on lit et un texte qu’on vit, l’appel aux sens autres que purement visuels) Le technicien le regardait tout en se demandant ce qu’il fabriquait. L’inconnu lui fit un rapide signe de tête pour l’inviter à le rejoindre, ce qu’il fit assez vite tout en tentant de récupérer sa pancarte sans succès. Son nouveau compagnon était plus grand que lui de quelques centimètres et il n’avait qu’à lever la main pour l’empêcher d’atteindre la feuille. Ce dernier secoua doucement la tête en claquant sa langue en le voyant faire et le poussa tout en prenant la parole d’une voix calme.

– Fais-moi confiance petit.

Le pauvre artisan avait du mal à retenir ses larmes en voyant son bien dans les mains de l’homme qui se permettait même de se moquer de lui. Il finit par s’asseoir en se disant que l’inconnu finirait par se lasser et lui rendre la pancarte. Et puis, peut-être bien qu’il avait une idée intéressante alors autant attendre et voir ce qu’il comptait faire. Stahl patienta encore quelques instants pour vérifier que son compagnon de fortune était bien calme et tenta de le rassurer en lui tapotant le dos. Il leva son pouce avec un grand sourire lorsque ce dernier se tourna vers lui pour le regarder (Je me suis posée la question tout à l’heure, mais j’ai du mal à imaginer ce sourire quand tu nous as précisé à plusieurs reprises que l’inconnu portait un masque!). L’inconnu prit ensuite la parole, interpellant tous les passants et les attirant vers eux, il plia rapidement la feuille pour ne montrer que la partie où Nux avait écrit « doné de largen » avant de commencer son discours.

Mes chers camarades ! Je vous prie de m’accorder un peu de votre temps ! Je voudrais vous poser une petite question, croyez-vous à l’enfer ? Non ? Et bien moi si ! Pourquoi donc me demanderiez- vous ? Et bien tout simplement parce que j’y étais ! Je viens d’en haut ! D’un monde où une saleté de lumière jaune nous tue à petit feu, où des saloperies de bêtes à corne, oui mes amis j’ai bien dit à corne, essayent de nous empaler sur des arbres ! Avez-vous déjà vu des arbres ? Des choses monstrueuses, immenses et vertes ! Et puis les hommes ! Si vous lez aviez vu ! Des monstres cannibales, qui se tapent dessus avec leurs dix bras ! Des monstres je vous dis, des monstres ! Mais si je vous parle de toutes ces horreurs ce n’est pas dans le but de vous effrayer mais d’implorer votre aide ! Voyez-vous, moi-même et mon cher collègue, nous luttons contre eux, vous devez tous savoir qu’il existe un passage entre notre précieuse ville et ce monde de fous. Certains me diront que ceux d’en haut en profitent pour balancer leurs merdes et des personnes bizarres au passage, et du coup vous allez penser que je suis l’une de ces personnes n’est ce pas ? Mais sachez que tout cela est faux ! Je me suis battu contre eux pour vous ! Pour que vous puissiez vivre heureux dans cette ville sans être envahi par ces horreurs ! Mais ces salauds m’ont attrapé et envoyé ici pour que je ne puisse plus rien mais je ne vais pas me laisser faire ! Je me battrai toujours mais j’ai besoin de vous ! On va construire un gros truc, genre vraiment gros, pour boucher le passage et ne plus jamais avoir peur de ces saletés !

(Ce passage est très intéressant et marque une avancée majeure dans le contexte du récit. N’hésite pas à donner plus de la vie à ce discours, décrire le ton, la « couleur » de la voix, les oreilles qui écoutent, les bruits, les sensations à l’intérieur des corps… il semble trop plat par rapport à son apport au texte)

Stahl s’arrêta là et leva la feuille le plus haut possible pour que tout le monde puisse la voir. Il ne disait plus rien et se contentait de regarder la dizaine de personnes qui l’avaient calmement écouté. Le technicien ne prenait pas la parole pour se contenter de fixer son « collègue », était-il complètement stupide ? Comment pouvait-il imaginer que les habitants de Fybris seraient assez idiots pour croire cette histoire qu’il venait d’inventer ? Quelques secondes passèrent dans le silence le plus gênant possible. Un homme finit par applaudir et fut bientôt suivi par tous ceux qui l’avaient écouté. L’orateur sauta pour descendre de son banc pendant que les spectateurs se battaient pour pouvoir lui serrer la main. En même temps qui ne voudrait pas avoir l’immense honneur de toucher un héros comme lui ? Bientôt, d’autres personnes s’avançaient vers Nux pour faire de même. Certains avaient même sorti des crayons et des feuilles, qu’ils avaient étrangement sur eux pour saisir ce genre d’opportunité, afin de demander des autographes aux deux hommes. Stahl, à l’aise, glissait quelques mots par-ci par-là pour encourager les spectateurs à les rejoindre tout en rappelant qu’ils pouvaient donner de l’argent pour les aider en attendant. Le pauvre artisan, ne sachant pas vraiment où se mettre, rejoignit son collègue le plus vite possible pour essayer de se cacher dans son dos. Malheureusement pour lui, il était toujours encerclé par ses nouveaux fans (Très oral, comme paragraphe, fais attention.) . Son nouveau camarade, remarquant sa gêne, interpella les personnes présentes.

– S’il vous plaît mes amis, s’il vous plaît ! Même un grand héros comme mon ami peut être timide alors soyez un peu moins brusque avec lui.

Ils semblèrent assez compréhensifs et cessèrent de lui réclamer des signatures pour plutôt en demander à son compagnon. D’ailleurs, celui-ci attrapa le chapeau d’un homme proche, un magnifique haute-forme noir entouré d’un ruban rouge. Il rendit la feuille à Nux pour pouvoir tenir le couvre-chef à deux mains maintenant qu’il l’avait retourné et qui se retrouva, assez vite, rempli de pièces.

– Mes chers camarades, vous nous avez beaucoup aidés aujourd’hui ! Nous sommes désolés mais nous devons maintenant partir pour acheter les matériaux nécessaires à la construction du gros truc !

Ils recommencèrent à applaudir pendant que les deux héros s’éloignaient, Nux talonnait l’homme par peur de le perdre et de se retrouver au milieu d’une telle foule. Il jeta un rapide coup d’œil en arrière pour voir leurs nouveaux fans se disperser doucement et il se cogna contre son compagnon qui s’était soudainement arrêté. L’orateur se retourna rapidement vers lui tout en regardant la chapeau rempli de pièce. (Tu as déjà utilisé l’expression, un peu maladroite, de « rempli de pièces », je pense que tu pourrais la modifier ici !) Il resta quelques secondes immobiles sans rien dire et le technicien l’appela doucement par son nom.

– Allons manger…

Stahl releva rapidement la tête tout en disant ces deux mots, il se tourna et recommença à marcher pendant que l’artisan le regardait s’éloigner sans comprendre. Il se dépêcha de le rejoindre lorsque ce dernier sortit de son champ de vision en tournant à un croisement de rue. Le technicien l’aperçut entrer dans un restaurant et le suivit tout en regardant le nom du petit établissement : «À la bonne pâtée». Son collègue était déjà assis à une table et le technicien prit place en face de lui, il posa sa feuille sur la chaise à côté de lui lorsqu’une femme s’avançait vers eux.

– Bonjour, que désirez vous ?

Nux bredouilla pendant quelques secondes, toujours secoué par les récents événements. Puis, il attrapa le bout de carton posé sur la table, sur lequel on avait griffonné les menus, et en dit un au hasard. Elle s’éloigna rapidement pour préparer le repas choisi, il tenta de l’interpeller afin que Stahl puisse à son tour commander mais ce dernier lui fit un simple signe de la main pour lui dire de ne rien faire. Il resta ensuite immobile, les mains croisées tout en fixant le chapeau rempli de pièce (Encore une répétition de « rempli de pièces »), l‘ingénieur n’osa rien dire et regardait aussi le couvre-chef. Il n’arrivait toujours pas à croire que son nouveau camarade avait pu rassembler autant d’argent avec une histoire aussi stupide.

Le pauvre artisan sortit subitement de ses pensées lorsque la femme posa deux assiettes, la remerciant tout de même avant qu’elle retourne à son poste tandis que son camarade hochait négligemment de la tête avant de prendre ses couverts pour commencer à manger. Nux regarda son plat : du rat et pour être exact de la pâtée de rat, accompagnée tout de même par quelques haricots. Il ne languit pas plus longtemps pour commencer à manger. Il avait dû attendre un long moment avant de pouvoir se rassasier et maintenant il comptait profiter de son repas, qui était d’ailleurs bien plus copieux que de ce dont il avait en temps normal.

– Je te donnerai la moitié de l’argent après, ça te dérange pas si je garde le chapeau ?

Le technicien releva la tête rapidement pour voir Stahl. Il ne répondit rien tout de suite et se dépêcha de finir sa bouchée. Il savait bien qu’il ne fallait pas parler la bouche pleine et il n’allait pas se montrer malpoli avec cet homme qui l’avait bien aidé aujourd’hui. Il accepta avant de recommencer à manger et finit assez vite son assiette contrairement à l’orateur qui mangeait très peu. Grâce à l’odeur et à la forme du plat, ou plutôt à son absence de forme, le jeune homme pouvait deviner qu’il avait pris le même repas que lui.

– Comment t’as fait pour faire ça ? Je veux dire… Pour créer d’un coup cette histoire et motiver les gens comme ça ?

L’orateur arrêta de manger, il avala rapidement un bout de pâtée avant de relever doucement la tête vers Nux, se contentant de le regarder sans rien dire. Le pauvre artisan était assez inquiet de le voir immobile ainsi, trouvant plutôt étrange l’impression d’être observé sans pouvoir connaître l’expression de la personne. Soudain, Stahl éclata de rire, la serveuse qui se situait derrière un petit comptoir se retourna vers eux et poussa un faible soupir devant ce comportement. Heureusement il n’y avait pas d’autres clients dans le restaurant et le technicien évitait ainsi d’être à nouveau au centre de l’attention. Son collègue de fortune finit par reprendre son calme. Même s’il lui fallut bien quelques minutes, et avoir frôlé la mort en toussant comme un diable, pour y parvenir.

Bon ! Pour étrenner l’Atelier, on a un bon morceau. Celui d’un auteur débutant à la recherche de critiques. J’ai essayé de commenter de la manière la plus constructive possible ce texte de presque 6000 mots (ce premier chapitre tout du moins) pour en tirer l’essentiel des remarques qui pourront te servir dans ton avenir en écriture, camarade.

Tu remarqueras que mes critiques se font plus rares au fur et à mesure que le texte avance : c’est tout simplement parce que ce que je peux te dire au début reste valable pour la suite.

Pour commencer, sache qu’il y a du bon dans tes idées. Le terreau est là, on sent que tu as la volonté de créer ton univers, que tu veux dire des choses précises, que tu veux provoquer quelque chose chez ton lecteur. C’est intéressant dans le sens où même si on sent que tu débutes, tu as déjà en tête l’idée de communiquer quelque chose à tes lecteurs. Ton univers, même s’il semble un peu manichéen de ce que j’en ai vu, est original et c’est un défi de commencer par de l’original quand on débute. D’ailleurs, ça se ressent un peu : tu as du mal à faire partager la cohérence de ton univers et on a l’impression d’être un chouïa « myope » dans ton monde. On voit ce qu’il se passe à l’instant t, face à nous, mais on peine à saisir l’univers entier.

Le problème majeur, c’est que les mots et la plume ne suivent pas l’envergure de tes idées. Tes mots sont souvent là par « défaut », sans avoir été pesés et réfléchis par rapport au texte. T’as compris la cible, mais tu as du mal à jouer avec les tournures pour l’atteindre. C’est dommage, certes, mais ça s’améliorera avec les années. Les répétitions sont assez nombreuses, les maladresses également, on tique un peu sur les formules « orales ».

Mais sache que je préfère ce genre de texte de débutant qui n’arrive pas encore à accorder ses mots plutôt que les laïus d’autres néophytes qui oublient que le lecteur existe et qui se contentent de balancer des tournures complexes qui s’imbriquent mal les unes dans les autres.

Tu as du potentiel, mais tu manques encore d’expérience, compagnon. Ceci dit, ça n’a rien d’étonnant ni rien de grave. Je ne prends pas le parti de descendre ceux qui essaient de se mettre à l’écriture, au contraire, j’y vois quelque chose de très positif si tu fais le choix de progresser.

En fait, l’essence de ton texte (ses qualités comme ses défauts) sont cristallisées dans son humour. Tu veux t’approprier un style (tu as raison, à terme c’est ça qu’il faudra faire) mais tu n’as pas encore les capacités stylistiques de le rendre autonome. Du coup, on a un humour intéressant, mais maladroit. On a du mal à faire la différence entre un trait d’esprit et une grossièreté de débutant. Ton univers est absurde, terne, morne, contrasté et surprenant : indépendamment de la qualité de ta plume. Mais beaucoup de gens qui liront ton texte pourront y voir un humour manichéen et trop peu subtil… tout le monde ne ressentira pas cette volonté que tu as de partager ton univers, et je pense que certains risquent de manquer d’indulgence vis à vis de ton texte.

Je te souhaite bien du courage, l’ami, et si tu as d’autres questions, n’hésite pas ! 😉

-Renard

Les Dix Commandements de l’édition

« Poussez, madame, poussez ! Je vois la tête ! »

Voilà à peu près comment, après un temps de gestation variable, viendra au monde ton manuscrit. A ceci près que tu seras ta propre sage-femme. Ce sera pour toi (et tu auras forcément raison) le plus beau bébé du monde. Tu lui excuseras tout : ses imperfections, ses erreurs de styles, ses facilités scénaristiques ou ses tournures grossières. Rien n’aura autant de valeur à tes yeux que ce petit bout de texte à qui tu promets déjà un grand avenir.

Il est possible que tu souhaites partager la garde de ton nouveau-né avec une maison d’édition. C’est pour ça que je mets en ligne mon petit Décalogue de l’édition à l’intention des débutants. Loin de moi l’idée de me prendre pour Dieu ou de te voir en Moïse, camarade, on est tous dans le même bateau. C’est sous une autorité quasi-ironique (puisque pour pouvoir poster ce pavé, j’ai dû me vautrer dans pas mal d’erreurs) que je te propose dix conseils personnels pour le jeune rédacteur qui rêve d’édition et de dédicaces.

 

fox_590  C’est parti !

 

  • Tu ne tueras point. Ni ton chat, ni tes amis, ni ton facteur qui ne t’apportera pas de contrat tous les mercredis. Envisager une édition, c’est avant tout s’armer de patience et se blinder pour assumer les refus et les oublis des maisons d’édition. Publier est un parcours plein de stress, d’excitations parfois insoutenables (Mon Dieu, ça fait deux semaines que le comité de lecture de Bragelonne me promet une réponse sous dix jours par mail ! J’ai fait sauter la touche F5 de mon clavier !). Tu subiras des semaines de silence à guetter ton courrier, et ça te pompera pas mal d’énergie. Sports, jeux de baston (voire RPG ou FPS, selon tes goûts), sorties entre potes et yoga seront tes amis pendant ces mois de torture. Tu pourras aussi venir parler de ta souffrance sur la Tanière, pour avertir tes cadets de ce qui les attend et parler d’écueils que d’autres n’auraient pas mentionnés.
  • Ton manuscrit, tu peaufineras. Captain Obvious au rapport. Malheureusement, on voit arriver en comité de lecture beaucoup de pavés trop peu soignés pour rester dans la pile « à lire », alors que quelques heures de toilette supplémentaire lui auraient permis d’avoir des chances solides… Renseigne-toi sur les modalités d’envoi des maisons. Format papier ou numérique ? Interligne ? Nécessité d’un synopsis ? D’un extrait ? Plie-toi aux demandes les plus loufoques (Exemple : une maison qui exigerait trois chapitres, le premier, un du milieu et l’épilogue) sans poser de questions. En une phrase : il faut que tu fasses sérieux/sérieuse.
  • Ta lettre de motivation tu travailleras. Parce que c’est le premier contact que tu auras avec ton potentiel éditeur, que ton envoi se fasse par courrier ou par mail. Sois soigné(e), concis(e), vends-toi. Ceci étant dis, tu es auteur, ça devrait pas trop poser de difficulté après le temps passé à cravacher pour pondre un texte publiable. Sois franc/franche, clair(e) et ne brosse pas trop ton éditeur dans le sens du poil : une lettre trop mièvre ou alambiquée en dit beaucoup sur ton style. L’idée, c’est de rester dans le professionnel, sans bottes léchées ni désinvolture !
  • La ligne éditoriale des maisons tu étudieras. Parce qu’on envoie pas une romance vampirique à Grasset ou une biographie historique d’empereur chinois à Lune-Ecarlate. Optimise tes chances en te renseignant au maximum sur les maisons que tu contactes. Pas seulement pour éviter un refus, même s’il est clair que tu recevras des refus en cascade si tu ne tiens pas compte de la ligne éditoriale, mais surtout pour avoir l’assurance qu’on s’occupe bien de ton rejeton. On ne laisse pas la garde de son petit à un inconnu et c’est valable pour le monde de l’édition. N’envoie pas au hasard : consulte les sites des maisons qui te font de l’oeil, contacte leurs auteurs, si possible, essaie de sentir le « goût » de tes maisons et vois si c’est raccord avec celui de ton texte !
  • Les critiques, tu encaisseras. Si tu as de la chance, lors de ton périple, de recevoir une critique, même assassine ou sèche (spéciale dédicace au Dilettante qui s’y connaît en matière de gratuité des remarques cinglantes) : ne la jette pas au feu. Au contraire ! Garde-la, encadre-la, érige-lui un autel… ou mets la simplement dans un classeur. C’est une denrée rare et précieuse qui peut beaucoup te faire progresser… une fois passée l’amertume du refus.

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(Ma tête en voyant que j’ai reçu autre chose qu’un refus-type)

  • Ton orgueil tu apprivoiseras. Parce que ta route ne sera (sûrement) pas pavée de succès. Des éditeurs t’oublieront, te refuseront sèchement, te feront miroiter un contrat que tu ne signeras jamais (ou du moins, tu le verras comme ça)… il s’agira, quand tu auras cette méchante sensation d’être méprisé(e) ou humilié(e), de mettre ton orgueil de côté tout en gardant dignité et professionnalisme. Pas question de taper du pied ni de s’effondrer au moindre refus. Il y a un juste milieu à trouver entre fierté et sensibilité à la critique. De même, si on te tend un contrat, ne te laisse pas marcher sur les pieds et ne perds pas de vue tes désirs ou convictions.
  • Une maison à compte d’éditeur tu choisiras (ou l’autopubli). Je vais insister sur ce point-là, au risque de me faire des ennemis parmi les édités d’Amalthée ou de 7écrits. Il existe deux principales structures éditoriales te permettant de toucher ton rêve de rayons Fnac ou de dédicaces à Cultura : les maisons à compte d’auteur ou à compte d’éditeur. La différence est simple : la première te demandera de l’argent, pas la seconde. Elle pourra même, si tu ferres le bon poisson, t’en offrir pour t’éditer, notamment par le biais d’un à-valoir (on parlera de ça dans d’autres articles). Je pars du principe qu’un auteur n’a pas à débourser un écu pour se faire éditer. Produire un texte de qualité, le travailler, le remettre sur le métier et le polir pendant des heures pour le rendre publiable, c’est déjà remplir sa part du contrat. Mettre plusieurs milliers de piastres sur la table pour un tirage et une promotion souvent dérisoires, ce n’est pas, pour moi, un moyen d’assurer un bel avenir à son bébé. A mon sens, du moins.
  • Ton contrat (éventuel) sagement tu étudieras. Car ta collaboration avec une maison devra être épanouissante et éclairée. Traque chaque détail de ton contrat et mets au clair chaque point obscur avec l’interlocuteur qui te fait une offre. Prends bien garde à ce qu’on ne te réclame pas d’argent, qu’on exige pas de toi une avance sur les bouquins tirés… sinon, on tombe dans le contexte de maison à compte d’auteur, comme abordé au point précédent. Et ce sera ici d’autant plus vicieux que ce sera camouflé ou présenté sous forme d’une avance. On te demandera par exemple de payer les cent cinquante premiers bouquins tirés (à quinze euros le livre, tu vois le genre de somme qu’on te réclame). Fais en sorte que le tirage proposé soit à la hauteur de tes attentes et que l’ambiance de la maison te mette à l’aise. La maison n’est pas reine : si tu as des convictions, restes-y fixé(e). Ne laisse aucune structure te mettre la pression ou te dire que tu ne trouveras pas d’autre contrat. Si tu as besoin de temps pour étudier un contrat : prends-le et penche-toi dessus, au besoin, avec le secours d’un juriste. Si tu es mineur(e) ou que tu hésites, demande conseil à tes parents ou à un proche qui connaît le milieu.

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(Photo réelle d’un directeur de maison d’édition à compte d’auteur)

  • Avec tes frères tu discuteras. Pour ne pas rester solo avec tes doutes et tes questions. Communique et demande des avis ! Ceux qui sont passés par là t’aiguilleront. Il n’y a pas de questions idiotes. Il y a des situations idiotes provoquées par des gens qui n’ont pas posé de question.
  • Jamais tu ne te décourageras. Et ça, camarade, c’est l’essentiel. Des échecs, il y en aura. Des frustrations, il y en aura. Des difficultés, il y en aura. Mais n’oublie jamais que tu fais partie de la minorité arrivée où tu en es. De cette minorité qui a des rêves et une passion. Réflexion très naïve, mais cette passion qui t’a traîné(e) aux portes des éditeurs est bien plus importante dans ta vie que ton nom au fond d’un rayon Fnac. Tu fais partie de la famille des passionnés de Lettres et souviens-toi que l’édition n’est pas un rêve inaccessible. C’est une route boueuse, difficile d’accès, fatigante car elle réclame une réflexion sur nos désirs et sur notre environnement. Mais il n’y a rien d’inaccessible. Il n’y a pas besoin de piston ou de bénédiction divine pour publier. Juste de tripes pour s’accrocher à ses rêves et d’une cervelle pour te tirer jusqu’à eux.

J’espère que tout ça t’aura un peu aidé, compagnon.

Courage à toi.

-Le Renard